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mar 11 2014

Vies et morts des rapports – Une sociologie immédiate des rapports visant à « refonder la politique d’intégration » sous le gouvernement Ayrault

Le mardi 11 mars 2014 a eu lieu un séminaire exceptionnel co-organisé par les équipes CSU et le LabTop. Ce séminaire, organisé par Laurent Jeanpierre et Sylvie Tissot et auxquels étaient invité-e-s les étudiant-e-s du Master, visait également à nourrir la réflexion menée dans le cadre de la formation du département de sciences politiques sur l’émergence des questions de discriminations comme objet d’intervention publique.

Le 31 juillet 2013, dix ministères dont ceux de l’Emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, de la Réussite éducative, de l’Intérieur et de la fonction publique, envoient à quelques personnalités qualifiées une lettre de mission afin que soient engagés, suivant les souhaits du Premier ministre, cinq groupes de travail portant sur les thèmes suivants : « Connaissance-­‐Reconnaissance », « Faire société : pour une égalité réelle », « Habitat », « Mobilités sociales », « Protection sociale et accès aux droits ». Leur relevés de conclusion doivent fournir des pistes de réflexion et d’action en vue d’«un vaste travail de refondation de la politique d’intégration » qui « suppose de répondre à l’attente des personnes immigrées et de leurs descendants : être considérés comme n’importe quel Français ». Les cinq groupes constitués se sont donc réunis à plusieurs reprises à partir de l’été 2013 en rassemblant des représentants du monde associatif, des personnes issues de l’immigration, des services de l’État, des collectivités locales, des experts de terrain et des universitaires.

Quelques semaines après la remise de leurs conclusions et leur publication sur le site du Premier ministre en novembre, celles-­‐ci sont dénoncées par Le Figaro, par Jean-­‐François Copé puis par une grande partie de la presse et de la majorité, en particulier par plusieurs ministres du gouvernement Ayrault, parce qu’elles ont critiqué la notion d’intégration ou bien proposé, entre autres recommandations, que soit mieux reconnue l’existence de discriminations envers des minorités sur le territoire. Certains commentateurs dénoncent alors « une police de la pensée » et le rejet final de « l’assimilation ». D’autres évoquent avec effroi des propositions d’autorisation du port du voile à l’école ou de reconnaissance d’un délit de discrimination raciale… Sous cette pression presque unanime dans l’espace médiatique, le Premier ministre, se distanciant de ces conclusions, lançait, le 11 février 2014, une feuille de route avec 28 mesures à prendre pour relancer la politique d’intégration et la création d’une délégation interministérielle pour en surveiller l’application.

L’objectif de ce séminaire exceptionnel est de revenir de manière réflexive, avec trois des personnalités qualifiées ayant animé deux des cinq groupes de travail dénoncés, sur l’histoire de ces rapports, de leur commande à leur diffusion publique en passant par leur production et leur réception dans la haute administration. Que révèle cette histoire, qui est encore en train de s’écrire, des rapports de force au sein de l’État, au sein des partis et à l’intérieur du champ politique, en matière d’attitudes vis-­‐à-­‐vis des discriminations dans la société française ? Que nous dit-­‐elle par ailleurs du mode de production actuel des politiques publiques et des forces pesant sur l’activité gouvernementale ? Telles seront quelques-­‐unes des questions qui seront abordées pendant cette séance.

Séance animée par Laurent Jeanpierre (Université Paris 8) et Sylvie Tissot (Université Paris 8) en présence de :

Fabrice Dhume, sociologue, chercheur à l’ISCRA, co-­‐auteur, avec Khalid Hamdani, du rapport « Vers une politique française de l’égalité »

Khalid Hamdani, dirigeant d’entreprise, spécialiste de la lutte contre les discrimination et ancien membre du Haut Conseil à l’Intégration et de la Halde

Olivier Noël, Maître de conférences associé de sociologie politique à l’Université Montpellier 3, co-­‐auteur, avec Ahmed Boubekeur, du rapport « Faire société commune dans une société diverse »

Mardi 11 mars 2014, 17h-­‐20h Salle des conférences
Séminaire exceptionnel co-­‐organisé par le CSU et le LabToP
Lieu : CRESPPA (CNRS-­‐UMR 7217), 59-­‐61 rue Pouchet, 75017 Paris Renseignements : sylvie.tissot@univ-­‐paris8.fr